« A la recherche de mon nouveau larbin », « Déesse débutante cherche gentil serviteur », « Recherche gros porc inutile pour raquer ». Il s’agit toutes d’annonces passées sur moneylove.fr, un site dédié au Money Slavering. Niveau supérieur du sugar daddy sans sexe et sans attache, et si les Money Miss avaient tout compris ?
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Domination financière : une pratique BDSM
« Esclave financier »
Plaisir d’offrir. La domination financière est une pratique BDSM à travers laquelle le soumis, appelé ici « money slave », tire de l’excitation sexuelle et du plaisir à travers le fait de donner de l’argent ou d’offrir des cadeaux à sa « money miss ».
En revanche, pas de joie de recevoir en échange. Dans le cadre d’une relation entre un money slave et une money miss, on oublie les codes implicites du don / contre don qui s’appliquent généralement lorsque l’on reçoit un cadeau. Ici, le money slave n’attend rien en retour si ce n’est que l’humiliation, le mépris et les insultes de sa maîtresse. Parce que finalement, n’a-t-il pas été un bon toutou ?
Très concrètement, cette domination peut prendre plusieurs formes. Le money slave peut offrir des cadeaux à sa money miss sans rien attendre en retour, il peut lui envoyer de l’argent contre une séance d’humiliation virtuelle, l’accompagner à une séance shopping ou lui remettre directement une enveloppe d’argent en réel contre quelques insultes. L’idée est qu’il finance le train de vie de sa money miss pour que celle-ci ne manque de rien et vive confortablement.
Pour un money slave, se rendre esclave financier d’une femme provoque chez eux un sentiment d’excitation et d’épanouissement sexuel. Pour d’autres encore, cette relation de domination / soumission est vécue comme une relation sexuelle, mentale et psychique.
Une pratique d’abord virtuelle
La pratique est essentiellement virtuelle, d’autant plus au début. Après avoir passé leurs petites annonces, parce que ce sont désormais les money slaves qui viennent aux money miss et non à ces dernières de trouver leurs clients, elles peuvent commencer à recevoir de l’argent. Sur tous les sites que nous avons visités, la plupart mettent directement leur PayPal ou créent une cagnotte en ligne. Elles invitent ensuite, pas toujours gentiment, les money slaves à leur prouver leur sérieux à raquer pour elles. Il n’y a évidemment aucun problème pour une money miss à avoir plusieurs money slaves à disposition.
Les plans DAB sont aussi monnaie courante en matière de money slavering. Ils consistent, pour un money slave, à accompagner sa domina à un distributeur pour lui retirer la somme ordonnée et lui remettre souvent de manière humiliante. Cette pratique s’accompagne en effet souvent d’insultes, de gifles, ou encore de crachats au visage ou dans la bouche, suivie de l’incontournable « merci maîtresse » avant de se quitter. Il peut également arriver que des money slaves accompagnent leurs maîtresses à des journées shopping.
Le money slavering inclut rarement des pratiques sexuelles. Déjà, parce que les contacts, quand ils ne sont pas virtuels, sont limités. La plupart des annonces cherche des plans virtuels sans sexe, ni contact physique. C’est peut-être la première chose qui les différencie des sugar babies qui ont souvent des relations sexuelles avec leur « daddies ».
Une pratique genrée
En parcourant les annonces de sites et de forums spécialisés, nous nous sommes rapidement aperçu que les money slaves étaient des hommes et que les money miss des femmes. D’ailleurs, le terme est éloquent.
Un article de Madmoizelle de 2023 (« Money Slave et BDSM : il est temps de briser le mythe de la domination financière ») avait dressé le même constat. Parmi les interviewées, l’une déclarait qu’elle n’avait été confrontée qu’une seule fois à une money slave et l’autre qu’elle n’avait jamais eu de demandes de la part de femmes en 7 ans de pratique. Cette dernière avait également ajouté qu’elle ne voyait pas pourquoi les femmes paieraient pour être dominées financièrement alors qu’elles le sont déjà au quotidien !
Une piste intéressante (et vraie) reprise par la sexologue et psychothérapeute, notamment spécialisée sur les travailleuses du sexe et les dominas, Pascale Robitaille. En plus de la domination financière subie par les femmes dans notre société patriarcale, elle indique aussi que nos rapports à l’argent sont genrés : « Les femmes ont un accès restreint à l’argent comparé aux hommes […] les femmes ne sont pas habituées à dépenser leur argent pour satisfaire leurs désirs sexuels ».
Les réseaux sociaux, indissociables du Money Slavering
Une pratique de plus en plus populaire
A en voir les nombreux hashtags sur les réseaux sociaux qui renvoient au money slavering – #paypig, #moneyslave, #cashslave, #moneymiss, #findom, #pigeon – on se demande quand même si l’augmentation du coût de la vie et la baisse du pouvoir d’achat n’y seraient pas pour quelque chose dans l’essor d’une telle pratique, à l’origine confidentielle, appartenant aux cercles BDSM. Probable mais ce n’est pas la seule raison.
Longtemps discret, le BDSM se « démocratise », aussi bien dans l’esthétique que dans les pratiques. La mode, par exemple, s’empare largement des codes vestimentaires du BDSM. Le latex, le cuir ou encore les harnais se portent plus que jamais, parfois dans la vie de tous les jours. Quant aux pratiques, elles se développent auprès d’une communauté plus large ce qui déstigmatise une communauté BDSM longtemps marginalisée et elles s’acceptent. D’une manière générale, nous sommes quand même aujourd’hui dans une dynamique d’ouverture, de diversité et d’acceptation de soi qui font du bien au BDSM.
La tendance est en tout cas très présente sur X et TikTok avec l’expansion de comptes mettant en avant le money slavering comme nous le confirme un article de Cosmopolitan de 2023 (« Money Slave : qu’est-ce que cette pratique de plus en plus populaire sur les réseaux sociaux ? »). Mais, plus largement, les réseaux sociaux ont complètement changé la donne concernant les échanges entre dominants et soumis. Il est désormais facile pour un dominant d’attirer des money slaves, d’autant que dans ce cas, les relations restent souvent virtuelles. Le money slave n’a pas besoin de connaître sa maîtresse, la gâter à distance étant déjà une grande source d’exaltation.
« Jeune femme recherche Money Slave »
Pour jouer le jeu jusqu’au bout, nous avons décidé de vérifier s’il était vraiment facile de trouver un money slave. Et puisque les réseaux sociaux semblent être des facilitateurs pour trouver la perle rare, nous nous sommes d’abord tournés vers Facebook et Instagram. Notre recherche : « money slave pour jeune femme débutante en vue d’une relation virtuelle ».
D’ailleurs, le simple mot clé de « money slave » nous a mené vers plusieurs groupes sur Facebook. Mais les deux groupes rejoints, un peu au hasard, ont en fait d’assez petites communautés et ne semblent pas vraiment actifs au regard du peu d’activité et d’échanges à l’intérieur. Nous aurions sans doute eu davantage de succès sur X ou TikTok. Un article d’Urbania de 2021 (« Vivre d’insultes et de domination financière ») révélait effectivement qu’il y avait beaucoup de money slaves sur Twitter.
Avec notre début de recherche, nous nous sommes aperçus que les hommes qui font du money slavering ne le font que très rarement contre rien. Quand les échanges restent dans le domaine du virtuel, ces money slaves demandent au minimum des insultes, des conversations, des photos ou des vidéos. Les money miss évoquent à ce sujet régulièrement la charge mentale liée à la pratique à laquelle beaucoup de femmes ne pensent pas avant de se lancer.
Mais, cela ne nous a pas découragé pour autant. Les sites de rencontre BDSM promettent aussi de bons résultats pour trouver son money slave, mais encore plus pour trouver des maîtresses à vrai dire. Ces dernières n’ont que peu d’efforts à faire pour être sollicitées par des soumis…
Ce qui a finalement fonctionné pour nous sont les annonces de money slaves et de money miss sur des sites ou des forums dédiés. Certes, sur ces sites, la concurrence est rude, d’autant plus que les pures annonces de money slaves sont très prisées des maîtresses, mais elles semblent sérieuses et ces sites sont régulièrement abondés de nouvelles annonces. Sur moneylove.fr, nous avons reçu trois propositions suite à notre création d’un profil, sans même avoir eu le temps de passer une annonce. Deux hommes voulaient être nos soumis et le dernier, notre sugar daddy.
Insulter pour gagner de l’argent ne semble alors pas si simple. Les hommes voulant seulement être money slave sont une denrée rare extrêmement prisée. Au-delà, il en va aussi de sa propre capacité à humilier un homme et à le faire « raquer » comme certaines s’amusent à le dire. Il semblerait qu’il faille avoir le coeur et la tête bien accrochés. Chapeau maîtresses.





