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Témoignage de Liv : elle a travaillé dans une maison close en Suisse

En Suisse, la prostitution est une activité légale considérée comme un service à la personne. Ainsi, les travailleuses du sexe sont reconnues, protégées et ont un lieu de travail. Liv a accepté de revenir sur son passé de prostituée dans une maison close en Suisse.

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C’était il y a 13 ans. Je venais d’avoir 18 ans, le bac et un bébé ! Ce n’était pas forcément une grossesse désirée mais quand j’ai appris que j’étais enceinte, je l’ai gardé alors que j’aurais pu avorter mais je me sentais prête et j’étais amoureuse du père de ma fille. Finalement, deux ans plus tard, nous nous sommes séparés et je me suis retrouvée toute seule à élever ma fille de deux ans.

Post-bac, j’avais intégré une école de danse à Lyon, assez prestigieuse mais surtout chère ! Par chance, le père de ma fille avait une bonne situation et gérait bien le foyer, ce qui me permettait de faire mon école. Une fois seule, il m’a fallu gérer un loyer, ma fille et mon école de danse, ce qui était financièrement impossible pour moi.

En même temps, il était hors de question que j’arrête de danser. C’était mon rêve et j’avais envie d’aller jusqu’au bout de mon école. J’ai donc considérer l’idée de prendre un petit boulot. Et j’ai trouvé. Du lundi au jeudi, j’étais à l’école et m’occupais de ma fille et tous les vendredis, je partais en Suisse travailler dans une maison close, pendant qu’une étudiante restait chez moi faire du baby-sitting le week-end jusqu’au lundi matin. L’idée était peu commune, voire carrément osée !

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Je me souviens qu’à l’époque, j’avais regardé un reportage sur les travailleuses du sexe  et les maisons closes en Suisse et j’avais été attirée par le salaire qu’elles pouvaient se faire, jusqu’à 20 000 euros ! Et surtout, je sais que j’étais capable de dissocier le sexe et l’amour et de simplement considérer le sexe comme un travail sans forcément avoir besoin d’une attache ou même que le mec me plaise. Bon, c’est sûr que s’il me plaisait, c’était plus cool mais pas nécessaire.

J’ai donc tenté ma chance et osé passer la porte d’une maison close pour déposer mon CV. Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour avoir une réponse car ils cherchaient quelqu’un à ce moment-là. J’ai ensuite dû m’inscrire dans le registre suisse comme travailleuse du sexe auprès de la brigade des mœurs pour être « officielle » puis j’ai commencé quelques semaines plus tard.

Les clients se présentaient et pouvaient choisir « leur » fille tandis que moi je pouvais les refuser s’ils ne me plaisaient pas ou si j’étais fatiguée. Ce que je faisais, quand il me choisissait et que je confirmais leur choix, c’est que je les faisais éjaculer le plus vite possible parce qu’ils me payaient pour ça et ensuite je pouvais passer à autre chose. Certains hommes pouvaient jouir en 2-3 minutes et discuter avec moi pendant 20 minutes. Tant qu’ils me payaient pour le temps passer avec moi, c’était tout bénef’ ! Et moi, je n’ai rapidement plus eu de difficultés financières !

Je faisais en moyenne une dizaine de clients par nuit, en sachant que j’étais là trois nuits par semaine. Parfois, j’en faisais plus et d’autres fois moins. Quand j’étais fatiguée, je faisais des siestes aussi. J’ai tenu ce rythme pendant un peu plus de deux ans où je jonglais entre ma vie d’étudiante, de maman et de travailleuse du sexe. J’ai gagné énormément d’argent. Certains clients fidèles m’ont même couverte de cadeaux. D’ailleurs, c’est un peu difficile de revenir à la vraie vie ensuite.

Habituellement, je ne parle pas trop de cette expérience car je ne pense pas que tout le monde ait l’ouverture d’esprit nécessaire pour ne pas me juger. Elle m’a en tout cas permis de poursuivre mon rêve dans la danse et de faire en sorte que ma fille ne manque de rien. Je ne la regrette pas, bien que, dans ce monde de la prostitution, tout est loin d’être rose mais je ne l’ai pas mal vécue de mon côté. Là où certaines de mes collègues sont tombées dans certains excès, moi il m’a juste fallu me réapproprier mon corps de manière à pouvoir le voir autrement que comme un outil de travail et aborder différemment le sexe.

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