Jeu de rôle dans lequel un être humain se comporte comme un animal (chien, poney, chat…), le pet play est une des nombreuses pratiques BDSM. Pendant des années, Stéphane, aujourd’hui 45 ans, a refoulé ses désirs profonds et une partie de son identité sexuelle. C’est fièrement qu’il lève le tabou sur son amour pour ce fétiche.
J’ai ressenti très jeune l’envie d’être dominé, d’être soumis, et particulièrement d’être un chien. Je ne sais pas comment l’expliquer mais c’est arrivé quand j’ai découvert le plaisir que me frotter le sexe avec la couverture entre les jambes me procurait. Je devais avoir à peu près huit ans quand c’est arrivé pour la première fois et je me souviens très bien, que lors de mes frottements nocturnes, je me faisais des films dans ma tête d’enfant dans lesquels j’étais un petit animal bien docile.
À l’adolescence, au moment où j’ai découvert davantage mon corps et mes désirs, j’ai ressenti encore plus de frissons face à certaines situations. L’idée d’être dominé et de céder le contrôle me fascinait. Je regardais sans cesse les mêmes scénarios de films pornographiques : des hommes soumis et humiliés par des femmes fortes, puissantes. J’aimais bien le fait que l’homme se plie en deux et se mette à quatre pattes pour satisfaire les moindres désirs de cette femme dominatrice. Ces situations éveillaient toujours en moi une sensation troublante, à la fois effrayante et excitante.
Je ne mettais pas encore de mots dessus, mais l’idée de me plier aux ordres, de me soumettre à une autorité forte, me procurait une satisfaction indescriptible. J’avais parfois honte de ces pensées et de ressentir une telle excitation, persuadé que ce n’était pas « normal ». Alors, comme je l’avais fait enfant, j’ai refoulé cette part de moi.
Ce n’est que bien plus tard, vers mes 25 ans, qu’un déclic s’est produit. Un soir, en explorant des forums sur la domination et la soumission, je suis tombé sur un témoignage d’un homme qui pratiquait le pet play. Il décrivait cette sensation de lâcher-prise total, de liberté dans la soumission, en incarnant un chien.
C’était exactement ce que je ressentais rien qu’en me faisant des films. Et surtout, ce n’était pas une simple fantaisie, il y avait un mot pour décrire cette pratique. Son témoignage résonnait en moi avec une telle puissance que je me suis dit que moi aussi j’aimais ça et que j’avais envie d’essayer le pet play.
J’ai d’abord commencé à expérimenter seul, chez moi. Je me suis acheté quelques accessoires. Marcher à quatre pattes, porter un collier, obéir à des ordres que je me donnais à moi-même, étaient vraiment jouissifs. À chaque séance, je ressentais une profonde satisfaction, un bien-être presque viscéral.
Le vrai tournant a été ma première soirée BDSM. J’y suis allé seul, sans trop savoir à quoi m’attendre. J’avais peur du regard des autres, de ne pas être à ma place. Mais dès mon arrivée, j’ai compris que je n’étais pas seul. J’ai vu qu’il y avait d’autres « chiens » aux pieds de leur maître ou de leur maîtresse, souvent de leur maîtresse d’ailleurs, à genoux, en laisse, parfois avec un masque. Certaines en avait même plusieurs. Il y avait aussi beaucoup de dominant.e venu avec leurs soumis.e. J’ai été fasciné par toute l’ambiance et l’univers de la soirée. Surtout, en observant ces hommes, traités comme de véritables chiens, je me suis reconnu. J’avais moi aussi envie d’avoir une maîtresse.
Timidement, je me suis rapproché d’une maîtresse, qui avait déjà un chien à ses pieds et je lui ai demandé comment je pouvais la servir en lui disant que je n’avais jamais encore fait ça mais que c’était mon souhait le plus profond. Ce soir-là, pour la première fois, je me suis mis à genoux devant quelqu’un d’autre.
Le simple fait de sentir un collier autour de mon cou, de recevoir des caresses et des ordres m’a plongé dans un état que je n’avais jamais connu auparavant. Ce n’était pas seulement de l’excitation, c’était un profond sentiment d’appartenance. J’étais désormais un chien accompli et j’ai ressenti un fort sentiment de reconnaissance qu’on me traite comme tel.
Depuis cette nuit-là, j’ai intégré le pet play dans ma vie. J’ai trouvé une communauté bienveillante, des partenaires qui respectent et partagent mes désirs. Je participe régulièrement à des soirées où je peux enfin être moi-même, sans honte ni retenue. Aujourd’hui, je n’entretiens pas une relation de soumission-domination plus soutenue, c’est-à-dire que j’incarne un chien uniquement lors des soirées où je vais mais je n’appartiens à aucune maîtresse. Je ne sais pas si cela me plairait mais je ne ferme la porte à rien, il serait dommage de ne pas essayer au moins une fois.
Quand je suis un chien, je laisse tomber toutes les barrières de la vie quotidienne. Plus de responsabilités, plus de doutes, juste l’instant présent. Mon Maître ou Maîtresse du soir décide, et moi, j’obéis. Cette dynamique m’apporte un équilibre que je n’aurais jamais imaginé. Il m’a fallu du temps pour comprendre et accepter que la soumission et le pet play faisaient vraiment partie de mon identité et qu’elles n’étaient pas des anomalies. Je ne reviendrai en arrière pour rien au monde.




